• #NowPlaying Mesmerize by Strøm

    (Source: Spotify)

  • Où sont mes étés brûlants?

    J’ai 13 ans, les genoux abîmés par des tentatives de planche à roulettes, assise, debout, à dévaler les rues en pente du petit village où je vis. Les cheveux baguettes et la peau presque pruneau. Il fait déjà chaud et je sais que ça va durer parce que depuis quelques jours, le matin, celui que j’ai surnommé l’oiseau d’été, chante. Signe que la belle saison est là. La fin de l’année scolaire n’est pas encore annoncée, on doit être en avril, peut-être aux portes de mai. Les lauriers roses ont quelques bourgeons, comme moi ils attendent les vraies chaleurs pour exploser. J’aime écouter la compile “Disco Fever - anthologie des années disco” trouvée dans la voiture de ma mère, en boom c’est plutôt NAS, All Saint et The Verve. Le boulanger d’à côté, Mr Merle, laisse la porte du fournil ouverte ça sent bon la fougasse aux poivrons et le croissant. À la maison de la presse j’achète StarClub pour les posters de Mariah Carey et surtout ceux de Mickael Jackson et Lise Marie Prestley qui se sont mariés. Avec les dessins des pages du magazine Jalouse je décore des boites à chaussures. Après le dernier jour d’école on ira en bus à la piscine municipale, acheter des barquettes de frites et sauter dans l’eau jusqu’à ce que le chlore nous brûle trop les yeux. Il y aura aussi la fête de la Saint Jean au pied de la Vignasse, quand les adultes ont trop bu et qu’ils chantent et qu’on peux faire ce qu’on veux. Surtout comme la coutume le veut, sauter au dessus du petit feu, avoir peur mais le faire quand même pour “en être” de ceux qui sautent. Les jours où il ne fait assez beau pour aller nous baigner chez les copains, on trainera au bord de la rivière, la Brague. Il y a une maison avec son vieux moulin à eau, on s’invente que c’est hanté la nuit et que peut être on y fera “les esprits”. Le soir avec les parents ce sera pizza et bilboquet sur la place du village. J’aime bien le bilboquet, ça hypnotise quand on regarde le fil qui se déroule. Et puis il y a aussi les films qu’on regardera chez Luke. Il est américain. Enfin, moitié américain et moitié anglais. Dans sa villa, au rez-de-chaussée il y a une grande chambre avec pleins de matelas et des K7 par centaines. On s’entasse là avec les copains, les uns sur les autres, enfin ceux qui ont réussi à avoir une place sur le grand lit au centre. Les autres tirent les matelas au sol ou lisent sur les lits super-posés. On regarde des trucs d’adultes et des trucs de gosses aussi. La soeur de Luke qui est plus vieille boit déjà de la bière avec ses copains, ceux qui ont des motos. Quand on a vu assez de films on sort dans le jardin pour s’allonger sur les chaises longues en plastiques et regarder les étoiles. On aura pas besoin de gilet, il fait bon. Demain maman viendra me chercher et on ira à la plage toutes les deux jouer aux raquettes et manger un pan bagnat.

    Où sont passés mes étés brulants.

    Aujourd’hui il n’ a pas plu, mais il n’a pas fait beau.




    Gisele Price

  • giseleprice:

    UN ÉTÉ EN FRANCE.3.

    Si un blog est à certains égards un carnet intime, il ne s’agit pas toujours de céder à la tyrannie du beau, du bien-publiable pour enfin délivrer un peu de vrai.  A l’aube des trois années de ce lieu où quelques uns s’égarent à mes tribulations, je poste à propos d’une des choses les plus chère à mon coeur. Là où la vallée de la Tinée s’étend, où ma colonie d’enfance se tient, se dresse aussi une cabane, demeure d’une famille d’adoption que j’ai choisi de chérir. Dans cette cabane nous avons passé quelques heures à l’occasion du 15 aout. Quelques heures à l’abri des étoiles et de la source toute proche, minutes précieuses à regarder cette nature bercée le sommeil de mon bébé et de mes souvenirs. En quête de racines, j’ai sans y penser, passer du temps à photographier l’immobile mais la saison aussi. Juste avant de quitter les lieux, d’éteindre mon Fuji, j’ai trouvé la fameuse, la colchique des prés. Quinze ans auparavant j’y avais déposé mon enfance virginale, quinze ans plus tard j’y retrouve ma virginité maternelle intacte et toujours aussi brutale. Un champs pour maison, une source pour abreuvoir, la pissaladière pour menu unique. C’est chez moi.